Mettre fin à une amitié par un souper d'adieu: bon ou mauvais plan?

Ni un bon ni un mauvais! En fait, c'est un plan très drôle. Parce que ça ne se passe pas dans la vraie vie (et surtout ce n'est pas nous l'amie presque-flushée qu'on invite!), mais bien au théâtre cet été  au théâtre Hector-Charland à L'Assomption.

Crédit photo: Émilie Lapointe  
La pièce Un souper d'adieu  - avec un trio de feu formé de Mario Jean, Anne Casabonne et Marcel Leboeuf - a été écrite par les deux auteurs qui ont aussi écrit la pièce (devenue aussi un film) Le prénom (qu'on avait adorée!!!) et met en scène un couple qui vous dira vaguement quelque chose si vous n'avez pas fait l'exercice de réduire au minimum le nombre de vos amis dans votre entourage. Ils sont débordés, mais acceptent des invitations à divers soupers avec des amis devenus connaissances suite à l'usure du temps, des collègues  qui n'ont jamais réussi à atteindre le statut de véritables amis et des copains avec qui on n'a plus rien en commun. Le beau tableau, vous ne trouvez pas.

Et ce couple, un soir, réalise qu'ils n'ont pas assez de temps pour eux et pour ce qu'ils aiment vraiment et que malgré ce triste état de fait (tsé des fois, ça nous saute dans la face comme ça sans qu'on s'y attende vraiment!), ils s'obligeaient à voir une «trâlée» d'amis lourds. Ils décident donc de couper des liens et d'organiser un ultime souper d'adieu avec chacun d'entre eux. Ils mettent le paquet: le plat préféré de l'invité, sa musique préférée, un vin de son année de naissance, la mise en évidence des cadeaux qu'il leur a offerts, etc. Au premier souper, alors que tout semble bien aller... l'invité découvre qu'il est le «flushé» soumis à un souper d'adieu. Et cela déraille la soirée d'adieu. S'en suit une réflexion en chassé-croisé sur la vaste notion d'amitié, sur les possibilités de sauver une amitié et sur l'évolution à travers les décennies de ce que devrait être un ami. Une pièce de théâtre d'été qui va plus loin qu'une enfilade de blagues (même si on passe quand même la soirée à rire) et qui suscite une réflexion toute personnelle sur l'amitié.

Eh oui, certaines amitiés deviennent un boulet avec le temps. On ne se voit plus par plaisir, mais par obligation. Personne n'a de TAP («temps à perdre») alors pourquoi entretient-on par devoir ces relations qui ne boostent pas notre vie, mais draine plutôt toute notre énergie.

Crédit photo: Émilie Lapointe  
Parce que oui, en vieillissant, notre conception de l'amitié évolue. Il faut l'accepter. Ce n'est pas si triste au fond. On se connait mieux, donc nos choix sont autres. On n'est pas amis pour les mêmes raisons, on ne se fait plus des amis comme avant, on n'a pas les mêmes besoins, on recherche d'abord la simplicité et l'authenticité (et non, un miroir comme à l'adolescence... rappelez-vous!), on ne mise pas sur le nombre (on a déjà peu de temps!), etc. Pour un article que j'ai écrit pour le magazine Véro, il y a quelques années, le psychologue François St Père expliquait que les individus ne sont pas statiques ce qui veut donc aussi dire que nos intérêts et nos besoins changent. D'où l'envie (la nécessité?) de faire un ménage. Pas toujours facile! L'issue de la pièce nous montre bien que l'exercice ne nous mène pas toujours à la conclusion prévue, mais souvent il en résulte un gain de temps. Du coup, on peut avoir s'investir plus dans celles qui le méritent.

Crédit photo: Émilie Lapointe  
Je doute que l'idée d'organiser de réels soupers d'adieux devienne une façon de faire (quoique les partys de divorce existent!), mais on rentre à la maison après la pièce l'esprit un peu ailleurs... se demandant si on met véritablement notre énergie à la meilleure place ou encore avec la conviction qu'on a fait le bon choix de faire ce difficile ménage.

Une pièce drôle, mais finement intelligente. Une pièce qui nous rend parfois un brin inconfortable, mais à la fois tout en nuances. En fait... un peu comme ce que l'on cherche chez des amis! 


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